Retranscription du podcast

Tony Du Prez, Directeur des gestions de portefeuilles de LCL, revient sur cette année agitée sur les marchés financiers et évoque les perspectives pour 2021.

Bilan 2020

Fin 2019, à l’issue d’une très bonne année boursière et à l’aube d’un ralentissement économique qui s’était déjà amorcé, nous anticipions un regain de volatilité sur les marchés financiers pour l’année 2020 mais l’exercice écoulé aura largement dépassé nos attentes.

En effet, profondément marquée par la pandémie mondiale de Covid19, 2020 a été une année extraordinaire à tous points de vue et constituera une année charnière pour nos sociétés tant elle a vu un certain nombre de bouleversements profonds s’accélérer.

La volatilité exacerbée sur les marchés financiers en 2020 est le témoignage des défis qui ont éprouvé la résilience des investisseurs face à une crise qui a désormais 3 dimensions :

D’abord limitée à la Chine, il a rapidement fallu faire face à une crise sanitaire globale.

Ce choc exogène a conduit les différents gouvernements à adopter des mesures de protection le plus souvent en recourant à des politiques de confinement, grippant ainsi la dynamique économique mondiale.

La mise au point d’un vaccin a dès lors été au cœur de la recherche de l’industrie pharmaceutique qui aura réussi en un temps record à développer des vaccins vraisemblablement très efficaces. L’annonce au 4ème trimestre de taux d’efficacité supérieur à 90% pour plusieurs d’entre eux a été un catalyseur positif très puissant pour les marchés à partir de Novembre.

Deuxièmement, il a fallu faire face à une crise économique majeure, la pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale

En mettant un coup d’arrêt brutal à l’économie mondiale, les premiers confinements ont paralysé un grand nombre de secteurs et d’agents économiques. La seconde vague de confinement à l’automne devrait avoir des répercussions plus limitées car les mesures ont été moins strictes et les agents économiques mieux préparés pour y faire face. Au final, la croissance mondiale devrait s’établir autour de -4,5% en 2020.

Ce chiffre cache néanmoins un certain nombre de disparités entre les différentes régions du monde et entre les secteurs : certains secteurs ont été particulièrement affectés comme l’aéronautique ou le tourisme alors que d’autres comme les valeurs technologiques ont bénéficié de la distanciation physique.

C’est la réponse rapide et souvent coordonnée des Etats et des Banques Centrales qui aura permis de limiter les impacts économiques sans toutefois empêcher une hausse du taux de chômage ou celle des faillites.

En effet, par leur politique monétaire non orthodoxe et leurs injections de liquidité, les banques centrales ont mis en place des conditions financières favorables à un support budgétaire massif. La contrepartie est évidemment une dégradation significative des ratios de dette sur PIB mais la soutenabilité de cette dette restera possible tant que les politiques monétaires continueront d’en financer une partie au travers des programmes d’achats d’obligations gouvernementales et en maintenant des taux d’intérêt bas.

Du côté des Etats, les aides ont pris différentes formes selon les pays : prêts garantis aux entreprises, mesures de chômage partiel, hélicoptère money, plans de soutien et de relance massifs.

Enfin, cette double crise sanitaire et économique a renforcé la prise de conscience de la crise climatique qui s’affirme comme l’un des enjeux fondamentaux pour les années à venir.

Le développement durable de nos économies n’est plus une option mais une nécessité et se trouve désormais au centre des projets politiques mondiaux.

En dépit du contexte sanitaire extrêmement dégradé, les mécanismes de soutien monétaires et budgétaires ont donc constitué un rempart à un mouvement de panique sur les marchés qui ont établi en 2020 de très nombreux records, aussi bien à la baisse qu’à la hausse. Ainsi, après avoir connu la correction la plus soudaine et violente de l’histoire des marchés actions, nous avons assisté à des mouvements de rebond tout aussi impressionnant.

Un exemple de l’ampleur et de la vitesse de ces mouvements, le CAC 40, a perdu presque 39% entre le 19/02 et le 18/03, abandonnant plus de 12% sur la seule séance du 12 mars.

Dans le même temps, les cours du pétrole s’effondraient, passant même temporairement en territoire négatif en avril, et parallèlement, l’or a joué son rôle de valeur refuge en atteignant un sommet en août au-delà de 2000$ l’once dans un contexte de taux réel négatif et d’affaiblissement du dollar américain.

Ensuite, en dépit de la crise sanitaire, certains indices notamment américains ont retrouvé des niveaux record. Aux Etats-Unis, ce sont surtout les valeurs technologiques qui auront connu un exercice flamboyant comme en atteste la capitalisation boursière d’Apple qui a dépassé les 2000 milliards de dollars au mois d’août, soit plus que la capitalisation globale de l’indice CAC40.

Perspectives 2021

Nous allons assister à un rattrapage économique en 2021, avec une croissance mondiale qui devrait s’établir autour de 5%.

Ses principaux moteurs seront la Chine, les Etats-Unis et en Europe essentiellement l’Allemagne. Cette reprise, nourrie par un soutien monétaire et budgétaire toujours très présent, devrait être cependant marquée par des inégalités régionales et sectorielles. Le rythme du rattrapage économique dépendra de l’évolution de la pandémie bien entendu et de la capacité de chaque gouvernement à la contenir. Il dépendra également de la mise en œuvre concrète des mesures de soutien et de relance dont l’efficacité sera mise à l’épreuve au cours de l’année.

Dans ce contexte, nous anticipons une croissance des profits mondiaux qui devrait excéder 25% en 2021.

Nous n’en sommes qu’au début de la reprise économique. Avec d’une part des politiques monétaires et budgétaires coordonnées toujours à l’œuvre en 2021 et d’autre part une réserve d’épargne mondiale importante qui pourrait se déverser sur les marchés dans un environnement de taux durablement bas, le contexte est globalement favorable aux actifs risqués, notamment les actions pour l’exercice à venir.

Même si les marchés ont d’ores et déjà intégrés un certain nombre de bonnes nouvelles, une progression positive est encore envisageable en lien avec le rebond des profits des sociétés et le maintien de conditions financières accommodantes par les banques centrales.

Sur les marchés

Dans l’ensemble le sentiment actuel est donc plutôt favorable mais il ne doit pas occulter les facteurs de vulnérabilité qui resteront nombreux en 2021 et qui resteront une source de volatilité :

  • La situation sanitaire pourrait de nouveau se dégrader et engendrer des périodes de confinement, plus ou moins partielles.
  • Les publications économiques seront très attendues pour jauger de l’efficacité des mesures de relance et mesurer la vigueur de la reprise économique. Les taux de défaut des entreprises pourraient s’accroître.
  • Les risques géopolitiques perdureront avec notamment l’interminable feuilleton du Brexit.
  • Un autre choc exogène pourrait également être de nature à faire dérailler la trajectoire de la reprise.
  • Le risque de hausse des taux d’intérêt nous semble par contre limité pour l’année prochaine car les banques centrales sont toujours très actives et fermement engagées. Une légère pentification de la courbe notamment aux Etats-Unis est toutefois possible.

En termes d’allocation et de gestion de portefeuille

2021 s’annonce comme une année particulièrement complexe au regard des nombreux défis économiques, sociétaux et politiques.

Si l’année 2021 devrait globalement être favorable aux actions, une gestion active et particulièrement sélective sera nécessaire. En effet, si de grandes tendances se sont confirmées et accélérées en 2020, les marchés seront discriminant en 2021 entre les différents rythmes de reprise économique et entre les entreprises qui parviendront à adapter leurs modèles et celles qui ne sauront pas trouver les relais de croissance nécessaire pour capturer ces tendances.

La mutation de nos sociétés, de nos entreprises et de nos modes de consommation va constituer des opportunités d’investissement liées par exemple à l’économie circulaire, à l’énergie propre, aux dépenses d’infrastructure, à la réduction des inégalités ou encore à la lutte contre le réchauffement climatique.

Les valeurs cycliques, qui ont déjà rebondi en novembre, offrent toujours un potentiel de hausse qu’il s’agira de saisir avec sélectivité.

La sous-pondération globale des portefeuilles sur le style « value » devrait constituer un soutien technique important à ces valeurs en lien avec la vigueur de la reprise économique et une remontée modérée et progressive des taux. Pour autant, une approche équilibrée en termes de style doit être privilégiée, car la liquidité restera abondante sur les marchés et les valeurs de croissance dans ce contexte garderont toute leur place dans une allocation.

La Chine, qui sort renforcée de cette crise par sa reprise économique plus rapide et un contexte sanitaire vraisemblablement sous contrôle sera un moteur du monde émergent.

Conclusion

2021 devrait être une année complexe pendant laquelle il faudra être disciplinée en termes de gestion de portefeuilles.

Il faudra être en mesure de mettre en œuvre une gestion active et sélective en privilégiant les actifs risqués, notamment les actions par rapport aux obligations et en retenant une approche équilibrée et diversifiée en termes de style et d’allocation géographique.

Une vigilance particulière quant à la liquidité des instruments sélectionnés restera un élément incontournable de l’exercice 2021.

Il faudra aussi se préparer à des scenarii adverses pour réallouer son portefeuille le cas échéant dans une logique de gestion du risque ou d’opportunisme en cas de corrections qui ne sont pas à exclure et que de nombreux investisseurs pourraient considérer comme des opportunités d’investissements à saisir.

Enfin, la prise en compte de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance doit devenir un préalable à chaque décision d’investissement pour sélectionner les modèles de croissance pérenne tournés vers un avenir durable.