Environnement économique mondial
En mai, la rotation en faveur des actifs risqués a été marquée. Les marchés actions ont poursuivi leur progression avec une hausse de 9,50 % pour les émergents, de 8 % pour le Nasdaq et 5 % pour le S&P 500. L’Europe affiche des dynamiques haussières moins marquées (un peu moins de 3 % pour l’Euro Stoxx 50 et 2 % pour le CAC 40).
Les indices ont été portés à la fois par les espoirs d’un accord de paix entre les Etats-Unis et l’Iran, la baisse des prix du pétrole, des résultats solides, des données macroéconomiques globalement favorables aux Etats-Unis ainsi qu’à la poursuite des développements autour de l’IA. Ces éléments ont pris le pas sur le risque croissant d’une inflation plus élevée qui s’est notamment matérialisée dans les chiffres de prix à la consommation et à la production outre-Atlantique. Une inflation plus durable pourrait conduire les banques centrales (Fed et BCE) à durcir leur politique monétaire.
États-Unis : L'inflation met la Réserve fédérale sous pression
Malgré la résilience de la croissance et du marché de l'emploi, l'économie américaine fait face à son principal défi : une inflation plus forte que prévu. Cette situation place la Fed dans une position délicate avant ses prochaines décisions.
La croissance du PIB au premier trimestre a été revue à la baisse, s'établissant désormais à 1,6% (contre 2% précédemment). L’investissement et la consommation des ménages ont notamment été revus à la baisse.
Le marché du travail, bien qu'ayant montré des signes de fragilité ces derniers mois, reste stable avec un taux de chômage qui s'est stabilisé à 4,3%.
L’inflation demeure la principale préoccupation de la Réserve fédérale (Fed). Les données d'avril sont ressorties supérieures aux attentes, à 3,8%, atteignant leur plus haut niveau depuis mai 2023. Par ailleurs, le cycle d’investissement dans l’IA entraîne une forte augmentation des prix du matériel informatique (+ 14% depuis le début de l’année). La hausse de l'inflation s'explique toutefois principalement par l’accélération des prix de l’énergie depuis le début du conflit.
Le compte-rendu de la dernière réunion de la Fed n’indique pas de prochaine hausse de taux, mais une telle mesure pourrait devenir appropriée si l’inflation restait durablement très au-dessus de l’objectif de 2%. Les marchés intègrent désormais une probabilité supérieure à 50% d’une nouvelle augmentation des taux directeurs d’ici la fin de l’année.
Zone euro : La BCE prête à agir face à l’inflation malgré le ralentissement économique
La situation économique de la zone euro se dégrade, avec des prévisions de croissance abaissées et une inflation en hausse. Malgré un marché de l'emploi stable, le choc énergétique et sa possible diffusion à d’autres secteurs mettent la BCE sous pression pour relever ses taux dès juin.
La Commission européenne a revu à la baisse ses prévisions économiques de l’automne. Pour 2026, la croissance annuelle a été abaissée à 0,9% (contre 1,2%) tandis que l’inflation a été révisée à la hausse à 3,0% (contre 1,9%).
Les indicateurs d’activité de mai ont déçu, notamment en France où ils atteignent leurs plus bas niveaux depuis plus de cinq ans. La contraction de la demande, déjà observée dans les services, s’est intensifiée et étendue au secteur manufacturier. La flambée des prix de l'énergie et les perturbations dans les transports ont lourdement pesé sur l'activité des entreprises.
Par ailleurs, l’inflation de la zone euro s’établit à 3,2% ce mois-ci, s’éloignant encore de l’objectif de 2% de la BCE. Elle est principalement tirée par la hausse des prix de l’énergie.
En parallèle, le taux de chômage en zone euro est resté stable à 6,3%.
Face à la persistance du choc énergétique et afin de se prémunir d’effets de second tour (la "boucle prix-salaire"), plusieurs gouverneurs de la BCE insistent sur la forte probabilité d’une hausse des taux dès le mois de juin, tandis que, au total, au moins deux hausses sont attendues d’ici la fin 2026
Asie : Entre ralentissement chinois, résilience japonaise et surchauffe indienne
La Chine lutte contre un ralentissement interne marqué, ne tenant que par ses exportations technologiques. Le Japon surprend avec une croissance robuste, mais sa dépendance à l'export et la faiblesse du yen révèlent des fragilités. L'Inde fait face à un risque de surchauffe, avec des pressions inflationnistes de plus en plus vives.
En Chine, l'essoufflement est de plus en plus marqué, les chiffres décevants d'avril confirment une demande intérieure atone, créant un fossé avec le secteur technologique, seul moteur tiré par l'export. L'inflation reste modérée, principalement concentrée sur les prix à la production.
À l'inverse, l’économie japonaise reste résiliente sur le début d’année. Le PIB a progressé de 2,1% au premier trimestre, bien au-delà des attentes, grâce à des exportations robustes dans le secteur de l'IA. Cependant, la concentration de l’activité sur certains secteurs et une plus forte dépendance à la demande extérieure représentent des éléments de fragilité. Face à une dépréciation importante de sa devise, la Banque du Japon est intervenue sur le marché des changes pour environ 73 Mds de dollars sur le mois de mai (il s’agit du chiffre le plus important depuis 15 ans).
Enfin, en Inde, les pressions inflationnistes s'intensifient. Bien que l'inflation globale soit restée contenue en avril (3,5%), l'explosion des prix de gros et de l'énergie (+ 25% sur un an) ainsi que le rebond des prix alimentaires signalent une surchauffe, mettant la banque centrale sous pression.
ACTIONS
Portés par les valeurs technologiques liées à l’intelligence artificielle qui ont affiché des résultats records, de nombreuses places ont atteint de nouveaux sommets historiques. Ces performances ont rassuré les investisseurs quant à la rentabilité des lourds investissements dans ce secteur, leur permettant de passer outre le contexte géopolitique. Si les marchés européens sont en progression, l'Europe reste pénalisée par la faible pondération du secteur technologique dans ses indices.
Aux États-Unis, la période de publication des résultats a été exceptionnelle : 85% des entreprises ont dépassé les estimations de bénéfice par action tandis qu’un peu plus de 80 % ont fait mieux qu'attendu en termes de chiffres d'affaires. En conséquence, les bénéfices agrégés du S&P 500 sont désormais attendus en hausse de 28% sur un an au premier trimestre (un plus haut depuis le Q4 2021), soit le double des 14% anticipés début avril.
L'indice technologique américain, le Nasdaq, a bondi de 25% entre début avril et fin mai, signant ainsi sa meilleure performance sur deux mois depuis l'automne 2002. Logiquement, les indices les plus concentrés sur les entreprises technologiques sont ceux qui ont le plus progressé en mai. Les marchés émergents, très exposés à ce secteur, ont gagné 9,50%, tandis que l'indice japonais (Nikkei 225) a bondi de 11,88%.
Le S&P 500 aux États-Unis et l’EuroStoxx 50 pour la zone euro ont augmenté respectivement de 5,15% et 2,87%.
Par ailleurs, trois géants des semi-conducteurs, tous liés à l'intelligence artificielle, ont rejoint le club des "trillionnaires" (entreprises dont la capitalisation boursière dépasse 1 000 milliards de dollars) : Samsung Electronics (Corée du Sud), Micron (États-Unis) et SK Hynix (Corée du Sud).
TAUX
Les marchés obligataires ont poursuivi leur ajustement, sous l’effet des évolutions géopolitiques au Moyen-Orient et de la dynamique des prix du pétrole qui alimentent les pressions inflationnistes.
Les segments longs de la courbe des taux ont atteint des niveaux particulièrement élevés au cours du mois de mai : le rendement américain à 10 ans a culminé à 4,66% (soit un plus haut depuis plus d’un an) tandis que le taux à 10 ans allemand a atteint 3,20% (un niveau inédit depuis 2011). Toutefois, la dernière semaine de mai a été marquée par un repli consécutif à des avancées dans les négociations visant à prolonger le cessez-le-feu au Moyen-Orient. Les taux européens, plus sensibles à l’évolution des prix de l’énergie, ont terminé en légère baisse : le taux à 10 ans allemand finit le mois à 2,93%, tandis que l’OAT 10 ans français a clôturé à 3,54%.
Chiffre clé
+ 88% : C’est la performance des grandes entreprises du secteur des semi-conducteurs (indice SOXX) sur les cinq premiers mois de l’année 2026.
